Haïti : Autour du terrible séisme du 12 janvier 2010

Quand on a de la chance de passer un après midi et une soirée en privé avec Gaetan Mentor, ça nous réconcilie avec certains Haïtiens

Haïti: Autour du terrible séisme du 12 janvier 2010

Le zigzag meurtrier du mardi 12 janvier 2010 m’a pétrifié jusqu’aux entrailles dans un espace-temps, dans un « point » temporel et dimensionnel où rien ne s’est écroulé…

« Jésus », Prédestination, Karma (la loi de cause à effet) et/ou chance « mathématique » ont voulu aussi – et je rends grâces aux Invisibles – que mon épouse et mes enfants, éparpillés en plusieurs endroits différents fussent épargnés du béton destructeur, tandis que certains parents et amis ont dû subir et ont été victimes de la violence de constructions assassines et/ou des vagues déferlantes de « furieuse » Mère nature…

Haïti est un pays où le contraste est Roi…
Suite aux fatidiques secondes, alors que j’éprouvais une joie intense « d’Etre » encore… je m’associais à la tristesse indicible de parents et d’amis, qui eux, pleuraient, « gémissaient » la subite et quasi incompréhensible disparition de proches qui avaient cessé « d’Etre ».

La liste de celles-là, de ceux-là, est trop longue pour être citée mais permettez-moi deux exceptions :
Le jeunet et dynamique Gilbert Lissade, benjamin de mon très cher ami, le chercheur assidu, l’auteur prolifique et le numismate hors pair, Maître Joseph Guerdy Lissade et Maître Harry Balmir, natif de Jérémie, Professeur émérite et homme de bien, tous deux ainsi que celles/ceux dont je n’ai pas cité les noms gravés dans mon Kinam , de regrettée mémoire.

Que la lumière qui ne s’éteint pas, celle dont parle Saint Jean l’Evangéliste dans son Prologue, vous reçoive et vous achemine vers l’une des demeures du Père et qu’à la Rigueur (Gvurah) de votre départ contraste la Clémence (Chessed) divine à votre arrivée dans les célestes pâturages du Saint, Béni Soit-Il.

Contraste, disais-je puisque si la plupart des gens ont été victimes de causes externes à elles, moi, par contre, je me suis fait très mal au genou gauche en « sautant » (Pessach, passer par-dessus) volontairement un escalier (scala) et en retombant « sans parachute » sur la Pi Théom (Bouche du Gouffre) qui « mugissait » encore.

Voici la raison pour laquelle, handicapé temporaire, je n’ai pu comme bien d’autres manifester une solidarité agissante en aidant de mes mains (Yadim) à tirer des décombres, en contribuant directement à sauver des vies.

Cependant, comme les voies de Dieu sont admirables et insondables, une autre porte s’est ouverte pour moi pour satisfaire mon insatiable désir rotarien d’être utile à ma communauté.

Mon Internet fonctionnait. Mes deux connexions. Et Multilink et Haïnet.

Mes mains et mon esprit n’étant pas handicapés, alors j’ai alerté un peu partout des gens qui comme moi, au cours d’une mystérieuse cérémonie, ont prêté, dans la lumière et dans les ténèbres, le serment de secourir et la Veuve et l’Orphelin…

J’avoue que pendant bien longtemps, cette notion de secours aux veuves et aux orphelins était surtout pour moi un symbole plutôt qu’une réalité, un idéal plutôt qu’une actualité.

Le 12 janvier allait tout basculer face aux pressantes demandes d’interventions d’amis étrangers pour que je vole au secours d’enfants en processus d’adoption dans différents orphelinats de la Capitale.

Et j’ai pris mon bâton de pèlerin et j’ai « voyagé » à travers la capitale.

« Mon pays inconnu », c’est le titre du livre combien éloquent sur la culture haïtienne de mon amie, mon aînée dans l’art de l’écriture, Déita (Mercedes Foucard), qui m’est venu à l’esprit.

En vérité, j’ignorais qu’il y avait tant de vrais orphelins en Haïti et dans quel état déplorable se trouvaient nombre d’orphelinats.

Pays de contraste, j’ai aussi été agréablement surpris de voir avec quelle affection, avec quel sens profond des responsabilités, certains Directeurs de crèches continuaient à s’occuper des enfants malgré les aléas personnels et souvent afflictifs de leur vie post-séisme.

Sans faire de jalousie et sur un échantillon bien limité, comment ne pas citer positivement M. Lucien Duncan et Madame Marie Micheline Fontélus ?

Je savais que les malades mentaux étaient quasiment abandonnés de la société et même souvent de leurs parents. Avec le Dr. Guy Malary, on en a longuement discuté. Dr. Dérosier, quant à lui, a dû fermer ses portes, faute de support de l’Etat et des parents qui n’honoraient pas leurs obligations pécuniaires.

Je connaissais le sort lamentable réservé aux handicapés d’Haïti dans une société où rien n’est prévu à leur intention, où rien n’est prévu pour leur insertion et participation actives dans leur communauté, mais vraiment j’ignorais qu’il y avait tant d’orphelines/orphelins en Haïti.

Je n’aborderai pas ici le pour ou le contre de l’adoption, des lois qui la régissent, de son bien-fondé ou des procédures lassantes, parfois interminables pour les crèches et surtout onéreuses pour les parents adoptants plutôt étrangers qu’haïtiens ou du manque d’éthique de certains responsables de crèches, mais bien le fait que j’ai eu l’impression, que c’est de l’Etranger que sont venus le premier intérêt et les premières interventions « humanitaires » en faveur de nos orphelins, « nos enfants à la mamelle » souvent abandonnés devant les portes des hôpitaux, retrouvés parfois dans les rues, remis au Bien Etre Social ou aux crèches d’adoption.

J’ai vu à la télévision différents reportages sur des adoptions massives par des américains et des hollandais après le séisme et j’ai aussi lu sur Internet des chiffres concernant l’adoption en Haïti. Vous aussi assurément.

Par contre, moi, ce que je vous raconterai, c’est mon expérience personnelle avec quelques orphelinats de la capitale.

Ayant été directement impliqué ou plutôt ayant servi d’intermédiaire entre des « frères » et amis, leurs parents adoptants et les crèches, je serai très bref pour ne pas parler de ma contribution personnelle.

Je dirai tout simplement – et j’espère que les lectrices/lecteurs pourront lire à travers les lignes ce que je ne dis pas – que je tiens à remercier toutes ces personnes, toutes ces associations de parents adoptants qui sont venus spontanément, généreusement et émotionnellement (les parents adoptants) « au secours » de nombreuses crèches du pays et de la zone métropolitaine en particulier.

Je leur dirai aussi que face à l’abandon presque total et pour certaines crèches à un dénuement inadmissible, que leur solidarité agissante doit continuer.

J’appelle aussi les associations haïtiennes et les compatriotes à se pencher sur le sort des enfants des orphelinats de notre pays et en passant sur le sort aussi des enfants des rues des grandes métropoles haïtiennes.

J’appelle les associations humanitaires, l’Association Médicale Haïtienne (AMH), les associations d’infirmières, les entreprises privées et publiques et les particuliers à visiter les crèches et à venir en aide aux enfants malades, handicapés et en malnutrition de certaines crèches.

Il y aurait plus de septante orphelinats reconnus par l’IBESR rien que dans la zone métropolitaine avec une quantité d’enfants variant entre 20 et 120.

Certaines organisations de bienfaisance qui ont leur siège à l’étranger, soucieuses du sort des enfants déshérités ont apporté une contribution efficace aux crèches et j’ai été heureux d’être leur intermédiaire enthousiaste et actif. Je veux citer : Hôpital Assistance Internationale (HAI) et HACAOT (HAITIAN AND CARIBBEAN AMERICAN ORGANIZATION OF TEXAS), deux Organisations Non Gouvernementales (ONG) reconnues dans leur pays respectifs (France et USA/Texas) mais malheureusement pas encore en Haïti. C’est ce qui limite ainsi considérablement leur élan humanitaire toujours agissant et ce, depuis le fatidique 12 janvier 2010. Elan humanitaire agissant et ininterrompu, malheureusement handicapé par des complications douanières inexplicables face à la situation de crise où se trouvent de nombreuses crèches et des enfants/orphelins d’Haïti.

HAI et HACAOT méritent une fière chandelle et une longue ovation pour leur dévouement au service des enfants miséreux d’Haiti.

HAI vient de faire don de deux Bungalow, un pour l’orphelinat Nid des Enfants de Marie devant servir de dortoirs pour garçons et filles et un autre devant servir de salles de classe, une contribution à une école pour enfants, dont les parents ont des revenus limités, que dirige avec amour et noblesse les Soeurs de la Congrégation de Sainte Rose de Lima (Soeur Christiane Gervais, Soeur Marie Bernadette).

Pour ne pas être trop long, je ne citerai pas les différents envois de nourriture, de médicaments, de bâches, de tentes etc.

Si HAI a surtout agi dans l’aire métropolitaine, HACAOT (une ONG d’Haïtiens de la diaspora au Texas qui lors du séisme s’était associée dans ses interventions à la US Army et à l’équipe de l’acteur américain Sean Penn) s’est particulièrement impliqué au Cap Haïtien. Dans sa toute dernière mission, l’organisation américano-haïtienne, vient de faire don, entre autres actions humanitaires, de trois jambes artificielles onéreuses pour des personnes handicapées victimes du terrible séisme, d’un électrocardiographe ainsi que des milliers de dollars en sérums pour venir en aide aux personnes frappées par la récente épidémie de choléra. La contribution médicale d’HACAOT pour le tremblement de terre a été estimée à plus de US$ 80,000.00 et ses quatre dernières fructueuses missions médicales annuelles à plus de US$ 400,000.00.

A Claude Paul Servettaz, Jean-Barthélémy Raffard et tous les autres de HAI, en France : à Alain M et Primerose Mentor Férère, Winner Augustin et les autres d’HACAOT, je dis, haut et fort, et très sincèrement, un GRAND MERCI qui vient du tréfonds de mon âme.

Bravo HAI et HACAOT.

Que le Sublime Architecte des Univers vous bénisse au nom de la Très Sainte et Indivisible Trinité.
AMEN.

Sur ces mots bénis, je mets fin à ce message et je souhaite que germe au fond de votre coeur, chers lecteurs/lectrices, un« sursaut national» comme l’aurait dit l’éminent professeur Leslie Manigat, en faveur des enfants orphelins d’Haïti.

Ing. Gaétan Mentor (Frère Gaétan)
Pétionville, ce 12 janvier 2011

http://www.lenouvelliste.com/articleforprint.php?PubID=1&ArticleID=87765

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