Haïti :La diaspora ne peut-elle faire un pas plus qualitatif ?

Haïti :La diaspora ne peut-elle faire un pas plus qualitatif ?
La diaspora ne peut-elle faire un pas plus qualitatif ?

Des Haïtiens de la diaspora en Europe s’accrochent fermement à l’idée que les quelques quatre millions de compatriotes vivant à l’extérieur du pays doivent être partie prenante dans la reconstruction d’Haïti. A l’occasion de la journée nationale de la diaspora le 20 avril 2011, une quinzaine d’entre ceux – qui vivent en Suisse et en France – se sont réunis à Genève pour discuter de la question. Ils ont la volonté. Mais comment faire pour ne pas marquer le pas ?

Haïti: De la nécessité d’une reconnaissance de la diaspora dans l’exercice de ses droits civils et politiques, en passant par la problématique de la double nationalité, le poids des migrants dans la balance économique du pays, les Haïtiens présents à la rencontre du 20 avril 2011 ont fait du coq-à-l’âne pendant deux heures sur l’intégration de la diaspora dans la reconstruction d’Haïti. « La reconstruction de notre pays ne peut être pensée sans les Haïtiens, sans la diaspora », croit dur comme fer Yasmina Tippenhauer, responsable de projets pour Haïti au Centre culturel latino-américain Tierra Incognita de Genève.

Autour d’elle, sous une sorte de charmille en plein air, quelques amis d’Haïti et compatriotes ayant laissé le pays depuis plus d’une vingtaine d’années. Sur la table, chacun garde en main un exemplaire de la « Charte pour la reconstruction d’Haïti », un cadre analytique mis en place au lendemain du séisme qui a dévasté le pays par la société civile haïtienne de Suisse. Tous, ils partagent la même opinion : que les migrants haïtiens puissent monter à bord du train de la reconstruction et commencent à investir autrement !

La diaspora pèse lourd dans la balance…mais !

C’est une évidence. L’aide financière de la diaspora est une planche de salut pour les familles haïtiennes. Les transferts financiers des Haïtiens d’outre-mer, selon les données disponibles, représenteraient plus de 20 % du produit intérieur brut.

Cependant, aussi importante que cette contribution puisse paraître, notamment après la tragédie du 12 janvier 2010, elle n’a pas permis la création d’investissements productifs dans le pays. La manne venue de l’Amérique du Nord, de l’Europe ou des Caraïbes est souvent utilisée pour les dépenses immédiates : achat de nourritures, paiement de loyer ou de quelques mois de scolarité, cérémonies religieuses, etc.

« Nous ne faisons que des transferts pour des membres de la famille ou des amis. C’est généralement pour la consommation des services et biens de base. Nous ne pouvons pas espérer grand-chose de l’utilisation de nos fonds », regrette un participant. « Existe-t-il des secteurs d’activités dans lesquels les Haïtiens de la diaspora pourraient concrètement investir dans ce nouveau départ que va connaître le pays ? », rétorque un autre, l’air perplexe.

Un fonctionnaire international d’origine haïtienne travaillant à Genève croit que les Haïtiens de l’étranger pourraient investir dans de nombreux domaines tels que l’hôtellerie, le tourisme, l’agro-alimentaire ou dans l’industrie d’assemblage. Mais, souligne-t-il, faudrait-il que la diaspora soit vraiment orientée vers des filières porteuses, capables de contribuer effectivement au relèvement du pays.  Continuer >

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La « Charte pour la reconstruction d’Haïti », initiée par la société civile haïtienne de Suisse, ne mentionne pas concrètement ces filières porteuses. Ce corpuscule, signé déjà par une soixantaine d’Haïtiens travaillant dans des associations et organisations nationales et internationales, résume tout au moins quelques points stratégiques que le nouveau gouvernement devrait prendre en compte dans le cadre de la reconstruction et du développement du pays. Des idées que même l’Haïtien le plus ordinaire connaît sur le bout des doigts, mais qui, apparemment, semblent avoir échappé à l’attention de nos gouvernements.

Economie sociale et solidaire… !

Dans la liste des propositions, on retient la question de la relance économique. La société civile haïtienne de Suisse encourage l’Etat haïtien à promouvoir le commerce équitable, la redistribution des ressources selon des principes de décentralisation et de proportionnalité. Entre autres, elle invite les nouveaux dirigeants du pays à explorer l’économie sociale et solidaire.

Cette politique économique s’asseoit sur des activités économiques génératrices de biens et de services, exercées par des associations, des coopératives, des mutuelles. Cette forme d’économie priorise la solidarité, le partage des bénéfices collectifs et le développement durable.

Education dans toutes ses composantes

Si le président élu Michel Martelly rêve et clame déjà l’éducation gratuite pour tous les enfants, les signataires de la « Charte pour la reconstruction d’Haïti » croient qu’il faut: « repenser, redéfinir et restructurer le système éducatif pour améliorer sa qualité et son adéquation aux besoins du pays ». Il ne faut pas seulement voir le côté classique et professionnel, l’éducation citoyenne dans le contexte actuel est aussi une nécessité.

Elle doit passer par la formation et le renforcement de l’apprentissage des valeurs et principes démocratiques, lit-on dans le corpuscule. Bref, pour cette frange de la diaspora haïtienne, mises à part les questions d’ordre économique, environnemental et sécuritaire, l’Etat doit penser aussi à la reconstruction morale, à l’aide psychologique aux victimes du séisme, à la sauvegarde et la promotion du patrimoine historique et culturel du peuple haïtien.

Finie cette considération « Haïtiens du dehors »

Tous les Haïtiens, sans distinction aucune, doivent être impliqués de près ou de loin dans la reconstruction matérielle et morale d’Haïti. « Je ne sais pas trop comment les nouveaux dirigeants vont s’y prendre pour mettre le pays sur les rails du développement, mais ce serait dommage s’ils n’utilisent pas cette force que représente la diaspora haïtienne par son savoir et son avoir », estime Casimir Jean Mary, jeune médecin haïtien étudiant au Centre d’enseignement et de recherche en action humanitaire de l’Université de Genève.

« Les Haïtiens de la diaspora doivent cesser d’être considérés comme des  »Haïtiens du dehors ». On ne peut pas continuer à considérer les Haïtiens vivant à l’étranger comme des observateurs par rapport aux affaires de leur propre pays », ajoute un migrant haïtien de Suisse

Samuel Colin, un représentant de la Fédération diaspora haïtienne d’Europe, basée en France, a la même opinion. Pou lui, il faut penser à un nouvelle Haïti où tous ses enfants mettent la main pour donner, redynamiser le pays et contribuer à son développement dans tous les sens du terme.

Jean Max ST FLEUR
lemaxner@yahoo.fr
Genève

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